De la découverte du travail d’écriture

Quitte à se poser des questions, autant être bien accompagnée

J’écris depuis longtemps.
Je pourrais même dire j’écris facilement depuis longtemps.
Parfois avec douleur, quand ce qui veut, ce qui doit sortir est compliqué à affronter.
Mais je n’ai pas, jusque là, l’écriture laborieuse.

Mais voilà : je n’ai jamais écrit beaucoup, ni régulièrement d’ailleurs.
J’ai l’écriture ponctuelle.
Un simple rendez-vous, de temps en temps.

Et puis je n’ai jamais écrit au long cours.
Je suis une femme de textes plutôt brefs (!), indépendants les uns des autres, des « instantanés », pas plus.
Non, pas plus.

Ce projet auquel je consacre en ce moment la plupart de mon temps – mes « Carnets de danse » – me fait découvrir un travail d’écriture auquel je ne connaissais presque rien.

Inexorablement, cela prend plus de temps.
Mais je trouve d’ores et déjà de la saveur à ces regards décalés à J+1, +2…
Je sais qu’il y aura des moments où il faudra que je me pousse un peu plus. Que je ne cède pas systématiquement à la tentation de laisser encore reposer ces textes déjà écrits au profit de textes neufs, et donc a priori plus excitants.
C’est d’ores et déjà un peu le cas. Car le flot de mots se poursuit, que je ne peux semble-t-il pas faire grand chose d’autre que de prendre mon crayon – oui, j’écris très majoritairement à l’aide d’une feuille et d’un crayon – et d’écrire d’autres textes.

Alors, face à un temps non extensible, je constate que je délaisse un peu ces « Carnets de danse ».
Mais c’est bien non, parfois, de savoir prendre / mettre un peu de distance ?

Ce qui m’amuse autant que cela m’émeut, c’est de constater que ce travail là est en train d’impacter tous mes autres espaces d’écriture – celui-ci y compris.
Je me réjouis d’observer cette porosité, ces transformations.
Ce chemin d’apprentissage(s) en cours et à venir

En voilà une constante de mon écriture. Je ne me relis pour ainsi dire jamais – abstraction faite des relectures purement techniques de recherche de coquilles.
Les mots sont là, posés, jetés parfois.
Il m’a longtemps semblé que les relire serait ouvrir la porte à un questionnement sur leur justesse, leur véracité, leur légitimité à exister presque.

En ce moment, je me repenche sur des textes écrits, pour les premiers, il y a presque deux mois.
J’aime cette prise de recul, cette confrontation au texte brut, sans fard.
Je vois les maladresses, l’enthousiasme débordant aussi.
J’aime retrouver celle que j’étais à ce moment-là aussi, je crois.

C’est pour ainsi dire un corollaire du point précédent.
Ne relisant pas, bien sûr, je ne réécris pas.
J’ai jusque là fait du sans retouche, sans (le moindre) filtre.
Je suis une femme de premier jet.
Comme s’il y avait une volonté d’assumer à tout prix.

Je dois pourtant bien admettre que c’est un exercice que j’adore faire sur les textes des autres. Dire : avec un tout petit moins de ceci et une pointe de cela en plus, je crois qu’on se rapprocherait un peu plus de ce que tu veux dire.
Et je découvre avec étonnement que je prends le même plaisir à le faire sur mes propres textes.
J’interroge, je pèse, je coupe, je reformule…
Tout cela me donne l’impression de me rapprocher du cœur.

Oh bien sûr, il est trop tôt, bien trop tôt pour cette étape.
Mais rien à faire, mon cerveau décidément visuel ne peut pas se passer de cet exercice.
Alors je ne respecte pas les règles, qui voudraient que tous mes textes et tous mes visuels soient prêts avant de me lancer dans cette mise en page.
Je jette en vrac, je déplace, je recompose en allant et je ne vois pas bien comment faire autrement.

Voilà encore quelque chose que je ne faisais pas jusque-là. Je ne donne pas mes textes à relire à des tiers avant envoi, publication…
J’ai toujours refusé qu’on relise mes lettres de motivation, mes dossiers de candidature, mes textes divers…

J’y reviendrai sans aucun doute un peu plus tard, mais j’assiste beaucoup en ce moment à des présentations d’étapes de travail, de danse, de théâtre… J’en ressors toujours ébahie de la richesse des échanges et touchée de ce tout ce qui se joue dans ces moments de partage.
Et cette fois, pour moi, il me semble que la question ne se pose même pas : non seulement j’envisage de partager ce texte auquel je travaille pour recueillir des premiers avis me permettant de le retravailler mais je réfléchis déjà à organiser quelques séances de présentation – lecture à voix haute, et tout cela en cours de route.
Il faudra bien lui donner corps à ce texte sur la danse, n’est-ce pas ?

J’ai les idées à peu près claires sur les raisons qui m’ont poussées à commencer à écrire en parallèle de l’aventure “Votre Danse” :
– pour partager : la joie, d’abord et avant tout ;
– pour dire merci ;
– pour rendre tangible ce que je vivais ;
– parfois pour le rendre supportable aussi, parce que ça a été plusieurs fois la seule façon pour moi de ne pas me laisser submerger.
L’écriture comme béquille en quelque sorte

Ce que je sais moins – ou peut-être simplement ce que je n’ai pas encore pris le temps d’expliciter – c’est pourquoi je continue.
Il faut dire que je ne m’attendais pas à ce que ce flot de mots se poursuive, et même s’amplifie, une fois le projet terminé.
À l’origine il me semble que je voulais juste raconter, témoigner, laisser une trace de ce qui s’était passé pendant cette aventure.
Je découvre semaine après semaine, couche après couche, que cela se joue tellement plus en profondeur…

Il me semble que je ne peux pas arrêter là l’exploration.
Et que cette exploration ne peut se jouer qu’en mêlant la danse – ah, cette danse de célébration ! – et les mots.
Je me demande souvent à quel moment il faudra que j’arrête ces carnets : il me semble tout à coup que la réponse est là sous mes yeux, que c’est une évidence.
Ces carnets seront terminés quand j’aurai réussi à aller au bout de cette danse de célébration. Quand j’aurai écouté tout ce qu’il y a à écouter, observé tout ce qu’il y a à observer, dansé tout ce qu’il y à danser.

Il me semble que je suis en train, ou sur le point de, passer de l’écriture comme béquille à l’écriture comme tremplin ; de l’écriture qui soulage à l’écriture qui entraîne, embarque…


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1 Comment

[…] J’ai commencé à rédiger ce billet il y a une semaine.J’avais prévu de vous parler de deux choses : le travail d’écriture que je découvre et la nécessité pour moi de trouver de nouveaux cadres à donner à mon travail.Et puis ce que je voulais dire sur le travail d’écriture s’est progressivement étendu sur la page. Tant qu’il m’a semblé que c’était un sujet à part entière : j’ai donc décidé d’en faire un billet dédié. […]

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